Discours ter de candidature à la présidence de l’université d’Orléans, CA du vendredi 18 décembre 2020

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’Administration,

Mon propos portera sur les enjeux de cette élection, sur la question démocratique (pourquoi nous en sommes là et où nous devrions aller et comment), et pour finir sur les urgences dont nous devrions discuter et auxquelles notre université doit faire face.

1 Enjeux.

Nous voici réunis pour le troisième vendredi consécutif pour élire un président ou une présidente. Chacune et chacun ici a bien autre chose à faire, évidemment, et c’est particulièrement vrai en cette période de crise sanitaire.

La tentation peut donc être grande d’insister pour « qu’on en finisse » aujourd’hui en faisant pression sur les uns ou sur les autres, en agitant l’épouvantail d’une administration provisoire dont le premier rôle sera pourtant de mener à bien ces élections, même décalées encore dans le temps, ou bien de l’autre côté de jeter l’éponge et d’abandonner l’université à son sort. Mais c’est l’importance des enjeux qui fait que cette élection est importante, même si elle est si manifestement difficile. Abandonner l’université, c’est abandonner ses étudiant·e·s au moment où ils et elles ont le plus besoin qu’on soit là pour eux et avec eux ; c’est abandonner des personnels dont beaucoup sont au bord de l’épuisement et dont certains souffrent au quotidien d’un environnement professionnel dégradé voire maltraitant. Donc oui il y a un vrai enjeu à cette élection, celui de l’avenir proche et à moyen terme de l’université, de ceux et celles qui la font vivre et y travaillent, de ceux et celles qui viennent y étudier, avec des effets directs et indirects considérables sur son environnement naturel, social, économique, culturel immédiat et aux échelons locaux, départementaux, régionaux, nationaux et internationaux.

Ce sont ces enjeux, et la conviction que nous avons une pierre importante à apporter pour y faire face, qui font que nous sommes encore là aujourd’hui et que je me présente à nouveau devant vous pour porter une voix collective.

2 Représentation démocratique, délibération, collégialité.

Comme prévu la multiplication des candidats n’a pour le moment pas eu l’effet de résolution paradoxalement escompté par certains.

Même si y revenir ne nous permettra pas en soi de résoudre l’équation, il nous semble important que l’ensemble des membres du Conseil aient pleinement conscience de la situation en termes de représentativité. Cette situation aurait dû conduire l’ensemble des listes en présence, présidence sortante incluse, à une certaine humilité et à chercher dès le départ une résolution passant par des discussions et accords larges en termes de projet comme de composition d’un exécutif universitaire. Or les listes Nous Sommes l’Université / Transparence et Indépendance ont été les seules à proposer une réunion à l’ensemble des autres listes, et ce dès le 22 octobre dernier, parce que nous espérions éviter précisément ce blocage par des échanges préalables ouverts. Les listes Connectons Nos Talents et TousUniv ont préféré privilégier d’emblée une réunion ultérieure à trois avec nos listes, ce qui pouvait se concevoir compte tenu de la situation générale. La liste dite « Ambition partagée » portée par le président sortant nous a immédiatement opposé, par la voix du VP CA sortant, une fin de non recevoir, ne voyant pas l’intérêt d’une quelconque discussion avant les premières séances de notre nouveau CA. Pourquoi ? Parce que, forte de sa pourtant très courte majorité relative, elle se pensait, jusqu’à très récemment, comme hégémonique (grâce au système électoral biaisé auquel je reviens dans un instant) et donc pas intéressée par la discussion, la délibération, une approche potentiellement partagée avec d’autres listes. En d’autres termes une façon de penser et de faire qui correspondait encore à des approches et à des pratiques qu’il nous paraît au contraire urgent de modifier en profondeur.

En effet, je l’ai déjà fait remarquer il y a deux semaines, 55% des Professeurs, près de 65% des MCF et assimilés, 75% des personnels BIATOSS ont voté au CA pour une alternative à l’équipe sortante. Cela aurait dû amener cette équipe à réfléchir, à envisager les choses un peu autrement. Mais comme sa courte avance lui donnait une majorité relative malgré tout, dans le système actuel, les 6 sièges d’élus des personnels, et donc 6 voix acquises au CA, se sont vues augmentées de 4 voix de « prime de majorité », tandis qu’une partie des membres extérieurs, choisis directement par cette liste, venaient lui apporter automatiquement leur voix. Ce type de prime majoritaire, comme le vote des membres extérieurs lors de l’élection à la présidence, sont issus de la loi LRU de 2007, qui a voulu accentuer une présidentialisation et une forme de néo-management que nous rejetons car ils éloignent précisément l’université d’un mode de fonctionnement démocratique sain et collégial. Le président et le VP CA sortants commençaient tout juste à se rendre à l’évidence la semaine dernière, en appelant en plein CA la liste CNT à un début d’alliance de circonstance, semble-t-il bien davantage sur la base d’un pur calcul du nombre de voix manquantes pour l’emporter plutôt que sur une quelconque base de projet commun possible.

Pour notre part, depuis le début, nous avons cherché et nous cherchons toujours sans relâche, et malgré les difficultés persistantes pour le moment, à construire une alternative collective avec les autres listes de personnels comme celles des élus étudiants, et à partir de leurs sollicitations également. Notre unique objectif est de permettre à l’université de sortir de cette situation et des dysfonctionnements passés par le haut, dans le respect de nos engagements, et dans le but de faire advenir des modes de fonctionnement et des mesures qui nous semblent indispensables pour améliorer les choses pour les étudiant·e·s, pour les personnels, et pour permettre à l’université de mener à bien ses missions de service public d’enseignement supérieur et de recherche.

3 Urgences.

Nous sommes donc logiquement ici aussi pour rappeler que l’université, ses étudiant·e·s et ses personnels, sont dans une situation d’urgence. L’université a besoin de la part de ses administrateurs et administratrices d’un travail collectif à la hauteur de de cette urgence. L’ordre du jour et le déroulé de cette séance ne laissent pas de place semble-t-il à une véritable délibération sur les sujets qui devraient pourtant nous préoccuper au premier chef aujourd’hui, et a fortiori depuis les annonces récentes de la ministre Frédérique Vidal. Nous avons de quoi faire par ailleurs oui, mais on peut néanmoins le regretter.

La situation de l’établissement, et singulièrement des étudiant·e·s, nécessite certaines mesures concertées immédiates. Quelle que soit la forme que prendra l’exécutif universitaire dans les jours et les semaines qui viennent, un certain nombre de mesures devraient s’imposer :

  • un soutien plus important et mieux organisé aux étudiant.e·s en situation de précarité ou d’isolement ;
  • un renforcement de la médecine de prévention à la fois pour répondre à l’urgence et pour être de façon pérenne à la hauteur des besoins de l’université ;
  • une préparation du retour dans les locaux avec les étudiant·e·s et  les équipes techniques, administratives et pédagogiques en donnant le temps de la réflexion collective, pour faire en sorte que chaque étudiant·e ait accès à des enseignements réguliers sinon systématiques en présentiel.

En l’absence de moyens spécifiques et compte tenu du fait que les annonces ministérielles viennent seulement d’être faites, une bonne partie de ces annonces s’apparente davantage à une opération de communication qu’à un réel souci d’impulser et de faciliter l’organisation d’un retour progressif en présentiel. Il est ainsi question à partir du 4 janvier d’un « accueil en petits groupes d’étudiants pour des activités de soutien pédagogique sur convocation », soutien pédagogique qui s’adresserait en particulier aux étudiant·e·s les plus fragiles, dont celles et ceux en situation de « handicap, précarité numérique, décrochage ». Un objectif hautement louable sur le papier évidemment, mais complètement hors-sol :

  • les deux premières semaines de janvier sont censées être le pire moment possible puisque ce sera le moment du pic prévu par les spécialistes après les fêtes de fin d’année ;
  • le CHSCT censé pourtant examiner les mesures de reprise n’aura pas pu se tenir au 4 janvier ;
  • aucun temps d’organisation, de concertation, n’est envisagé pour des équipes techniques, administratives et pédagogiques qui par ailleurs seront encore mobilisées pour beaucoup d’entre elles sur les surveillances d’examens, corrections etc., et qui pour beaucoup aussi n’ont à ce jour qu’une visibilité très relative concernant les effectifs étudiants qui pourraient ou devraient bénéficier en priorité de ce type d’aide.

En l’absence d’un véritable accompagnement ministériel, il appartient donc à notre établissement de prendre ses responsabilités pour faire en sorte qu’un retour progressif se passe réellement dans de bonnes conditions, et avec toutes les garanties de sécurité sanitaire, avec l’urgence aussi d’une communication auprès des personnels comme des étudiant·e·s, ne serait-ce que pour dire que, non, cela ne se fera pas dans la précipitation, et que le temps nécessaire sera donné aux personnels pour organiser correctement et de manière concertée ce retour, en respectant évidemment le passage nécessaire par les instances concernées, notamment Comité Technique, Comité Hygiène Santé et Conditions de Travail (CHSCT) et CA.

Pour accompagner les étudiant·e·s vraiment, il va falloir planifier leur retour sur les campus, a minima par roulement ou en « hybride » quand c’est possible. Pour éviter une recrudescence de l’épidémie, ce retour doit être effectué avec les moyens permettant d’assurer le plus haut niveau de prévention des risques : des tests et des masques gratuits pour tous et toutes, des salles équipées de systèmes d’aération, dont les jauges sont validées par des mesures de CO2, des solutions de restauration adaptées. Planifier implique de prendre le temps de réfléchir à l’échelle de chaque composante et de chaque formation aux meilleures réponses à apporter à ces défis. Planifier implique que le retour des étudiant·e·s, comme tous les changements de configuration d’enseignement, ne devront plus être imposés par une décision verticale du jour pour le lendemain ou presque. 

Je ne reviendrai pas cette fois sur la liste des principaux éléments du projet que nous portons, je dirai juste que c’est ce mode d’organisation et de concertation collective, qui respecte le travail, l’implication et la force de proposition des personnels comme des étudiant·e·s et en tire le meilleur que nous souhaitons mettre en place à tous les niveaux de l’université.

Karin Fischer