Discours de candidature à la Présidence de l’Université d’Orléans, CA du 4 décembre 2020

En préalable je souhaite rappeler que la situation de cette assemblée reste profondément problématique en ce qu’une des listes des personnels n’a à ce jour toujours pas de représentation complète, ce contre quoi trois des quatre listes des personnels en présence aujourd’hui ont légitimement protesté lors des dernières séances de ce nouveau CA. Par ailleurs une possible mise en examen pèse encore sur le président sortant, comme nous en avons eu la confirmation par voie de presse.

Je commencerai par une courte présentation professionnelle, car certains administrateurs et administratrices ne me connaissent pas encore. Professeure des Universités, j’enseigne l’histoire et la société des îles Britanniques et je travaille plus précisément sur les politiques éducatives en Irlande, Grande-Bretagne et dans une perspective comparative internationale, de l’école à l’université. Responsable d’un Master, j’ai également dirigé un laboratoire jusqu’en septembre dernier et je suis membre élue du Conseil National des Universités. Je fais partie d’un Groupement d’Intérêt Scientifique qui fédère des laboratoires d’une vingtaine d’universités françaises et étrangères, et participe à une Fédération de recherche qui regroupe des laboratoires et des collègues des universités de Tours, Poitiers, Limoges et La Rochelle. J’ai siégé plusieurs années au Conseil Scientifique, puis au Conseil d’UFR de ma composante, et aussi au Comité Technique de l’université jusqu’à très récemment.

Ma candidature à la présidence de l’université d’Orléans est portée par les listes Nous Sommes l’Université — Transparence et Indépendance, soutenues par la FSU. Ces listes rassemblent des femmes et des hommes syndiqués ou non et de divers horizons, dont beaucoup connaissent très bien l’université car ils et elles s’impliquent en son sein depuis longtemps. Les éléments de la profession de foi que je présente aujourd’hui sont le fruit d’un travail collectif pour le bien de l’université. Je suis certaine que nombre de ces éléments trouveront un écho auprès des élu·e·s des autres listes car nous sommes nombreuses et nombreux à vouloir avant tout contribuer à l’avancée des connaissances, à la réussite de toutes et tous les étudiants, au rayonnement de l’université en matière scientifique, sociale, économique, écologique, sur son territoire comme nationalement et internationalement.

Le contexte national nous est défavorable. L’extrême concentration des moyens qui est en cours de réalisation au profit de quelques métropoles, avec une hypertrophie de la région parisienne, peut conduire à une marginalisation de notre université. Après la loi LRU que nous dénoncions avec raison comme la suite l’a montré, la Loi de Programmation de la Recherche (LPR) aggravera encore cette situation en accroissant les disparités dans la répartition des moyens. Le paysage à deux vitesses déjà formé est illustré très simplement par la division des universités entre l’U10 (ex CURIF) et l’association AUREF à laquelle appartiennent les universités d’Orléans et de Tours aujourd’hui. Ces déséquilibres peuvent être amplifiés par une attribution des crédits décidée sur la base de programmes qui avantagent ceux qui sont déjà les bénéficiaires d’une politique de « déménagement » plutôt que d’aménagement du territoire. Ils nous poussent en interne également à une compétition accrue et délétère entre collègues, composantes et laboratoires.

Il est pour nous — j’entends pour l’université d’Orléans, mais aussi tous les collègues du Grand campus et au-delà — au contraire d’autant plus crucial aujourd’hui de mettre en avant le travail collectif, les coopérations, les synergies que notre diversité et notre pluridisciplinarité sont à même de susciter.

Pour cela il y a un triple travail à faire, du point de vue d’une présidence d’université, 1. vers les autres exécutifs universitaires et vers le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, 2. en interne et 3. en termes de partenariats avec les établissements de recherche, les collectivités, la société environnante (lycées, associations, entreprises…).

1. Vers les autres exécutifs universitaires et vers le ministère

En bref, même si cette dimension est extrêmement importante : il est nécessaire de porter une voix plus forte qu’actuellement, en coopération renforcée avec la nouvelle présidence de l’université de Tours, auprès de toutes les autres présidences d’université, que ce soit au sein de l’AUREF ou de la CPU, et en direction de notre ministère de tutelle.

Nous devons exiger avec d’autres

  • que le taux d’encadrement des étudiants à l’université soit enfin à la hauteur de celui des classes préparatoires et des écoles d’ingénieurs, avec des créations de postes de personnels titulaires — enseignants-chercheurs et administratifs et techniques — en nombre face à l’augmentation démographique de ces dernières années et des années à venir encore,
  • que des crédits récurrents à une hauteur suffisante soient alloués aux laboratoires, le financement par projet devant être complémentaire de ces crédits. Il faut donner aux laboratoires les moyens de fonctionner sur le long terme et, notamment, de financer les multiples recherches pilotes de faible coût que ne considèrent ni l’ANR ni le Conseil européen de la recherche (ERC).

Concernant les deux autres aspects du travail à mener, il s’agit de deux volets indissociables : il est devenu urgent d’une part de rétablir un mode de fonctionnement serein, collégial et efficace au sein de l’université, et c’est une nécessité si on veut vraiment d’autre part avoir une chance de mener à bien un projet qui se concentre sur l’accomplissement des missions de service public de l’université, sur le développement de ses partenariats avec tous les acteurs environnants, sur son rayonnement auprès des étudiantes et étudiants comme dans la société du local à l’international.

Autrement dit, une université malade de l’intérieur ne peut pas espérer répondre aux défis qu’elle doit relever, et il faut donc être conscient·e à la fois de ces défis et de la nécessité de la remettre d’aplomb en interne.

Il est aussi devenu impératif de restaurer l’image de l’université. Une université devrait être exemplaire, en termes de fonctionnement démocratique, dans sa capacité de coopération et de construction collective pour le bien commun, mais aussi comme lieu de vie et fer de lance de la transition écologique. Dans tous ces domaines, il y a énormément à faire aujourd’hui à l’université d’Orléans.

2. En interne — Bref bilan préalable de certaines des problématiques existantes liées aux politiques présidentielles passées et à leurs conséquences en interne, avant d’avancer un certain nombre de propositions :

La politique d’austérité pluriannuelle de l’équipe sortante a conduit l’an dernier à un excédent budgétaire significatif qui de l’extérieur pouvait paraître une bonne chose, mais qui recouvre une réalité beaucoup plus sombre par ses profondes conséquences directes sur le fonctionnement et sur l’investissement, complètement atrophiés. Entre 2016 et 2019, alors que le nombre d’étudiants inscrits augmentait de plus de 2000, notre université a perdu l’équivalent de 63 postes, enseignants et BIATOSS confondus. À la place, car les besoins restent et se font criants, des CDD, tous personnels confondus.

L’austérité budgétaire pratiquée depuis 2016, combinée à un affaiblissement de la démocratie universitaire comme de la circulation des informations, a dégradé fortement les conditions de travail à l’université et a entrainé un mal-être professionnel grandissant, attesté par un récent rapport du médecin de prévention qui fait état d’une augmentation significative des cas de souffrance au travail, tous personnels confondus, et qui pointe un problème systémique.

La politique austéritaire a été tellement excessive qu’elle a amoindri la capacité opérationnelle de nombreux services et contribué à leur désorganisation (direction du patrimoine, direction des affaires financières, scolarités, pôle vie étudiante…).

Du point de vue des formations, une cartographie des besoins d’encadrement est devenue urgente aujourd’hui, face aux manques et aux déséquilibres importants. Le président et le VP CA sortants tiennent de ce point de vue en Comité Technique un discours hors-sol, qui n’a pas pris la mesure de la situation de filières en sous-encadrement chronique qui arrivent au bout de leurs forces aujourd’hui.

En termes de fonctionnement interne et de gouvernance, les dérives constatées ces dernières années sont nombreuses et ces dysfonctionnements ont des conséquences négatives directes sur les personnels et donc sur leurs missions : des mandats sans limitation dans le temps, une absence de cadrage pour certaines missions, des primes normalement dédiées à une responsabilité de pôle ou de département et qu’on a la surprise de retrouver en Comité technique attribuées à un adjoint au directeur, des budgets ou une politique des postes pas toujours examinés comme ils devraient l’être en conseil d’UFR, le tout sans que le président et VP CA sortants s’en émeuvent ou même s’en rendent compte semble-t-il.

Parmi nos propositions pour un fonctionnement et une démocratie universitaires dans lesquels personnels et étudiant·e·s auront les moyens d’être véritablement informé·e·s des enjeux et pourront prendre part aux processus de délibération et de décision, avant adoption par les Conseils centraux et mise en œuvre par l’exécutif universitaire :

  • Un règlement intérieur à élaborer collectivement, en respectant les spécificités, doit contribuer à poser des bases démocratiques qui manquent ou se sont délitées au fil du temps et en l’absence de règles claires. Les statuts de l’université sont également à revoir, entre autres concernant les pôles de recherche, qui fonctionnent mal ou peu.
  • Il faut réinstaurer des procédures démocratiques à tous les niveaux, respecter le rôle délibératif, la force de proposition et la collégialité des instances, aujourd’hui très souvent réduites à des chambres d’enregistrement. Pour ce faire, l’accès aux documents sur lesquels les Conseils centraux s’appuient pour prendre des décisions qui engagent l’avenir de l’université doit être ouvert à l’ensemble de la communauté universitaire, et évidemment aux élu·e·s étudiant·e·s alors que ce n’est pas le cas aujourd’hui. Des formations doivent être proposées aux élu·e·s et à tous les membres de la communauté pour que chacun·e puisse réellement s’approprier ces documents, en faire l’analyse critique, et saisir les enjeux qu’ils recouvrent.
  • Les élu·e·s étudiant·e·s en particulier doivent être pleinement partie prenante des processus de décision collective à tous les niveaux, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, et respecté·e·s en tant qu’adultes et membres de la communauté universitaire.
  • Le rôle du Comités technique et du CHSCT doit enfin être reconnu à sa juste valeur et respecté.
  • Pour les primes et promotions des personnels, la transparence et l’évaluation collective plutôt qu’individuelle doivent devenir de mise.
  • Pour contribuer à la mise en place d’un fonctionnement plus collectif, délibératif et collégial d’une part, et dans un souci de représentation démocratique d’autre part, nous proposons pour les principales vice-présidences d’adopter le principe de binômes issus des différentes listes des personnels, et représentant idéalement les grands domaines disciplinaires (Sciences et technologie/SHS). En complément du VP CA, et parce que c’est une question centrale aujourd’hui, nous proposons un·e VP en charge de la démocratie universitaire et des conditions de travail.

Pour rappel, en ce qui concerne les personnels, 75% des collègues BIATOSS, 65% des MCF et assimilés, 55% des Professeurs ont voté pour une alternative au Président et au VP CA actuels.

Nous voulons faire advenir, à partir de ces éléments notamment, une université non seulement plus saine, plus sereine, mais aussi plus efficace et qui portera des fruits en termes de rayonnement et de projets partagés au-delà de l’université.

3. Projets liés à la formation, à la vie sur leS campus, aux différents sites de l’université, à la politique environnementale, à la recherche pour un rayonnement, des coopérations et des partenariats renforcés aux différentes échelles

3.1. Pour une offre de formation reconnue et encore enrichie en lien étroit avec la recherche

La politique pédagogique de l’Université doit être construite par et avec les équipes pédagogiques de chaque composante et de chaque discipline, dans la collégialité et la confiance.

Des objectifs largement partagés sont d’améliorer la réussite des étudiant·e·s, de mieux assurer le lien formation – recherche, de développer le rôle de l’université dans la formation tout au long de la vie. Il faut y ajouter la nécessité d’encourager encore et d’organiser mieux la diffusion de la culture scientifique dans la société toute entière, nécessité qui saute aux yeux aujourd’hui face au déficit de confiance envers la science et autres complotismes. Dans cet esprit, il faut favoriser l’accès à l’université de publics étudiants diversifiés (formation continue, reprise d’études, étudiants internationaux), qui tous et toutes sont une richesse pour nos formations.

Accompagner la réussite des étudiant·e·s nécessite des moyens et un encadrement à la hauteur, en particulier en première année. Un meilleur encadrement pourrait aussi faciliter le travail collaboratif nécessaire à une meilleure transition lycées/licences.

Nous sommes une université, et en tant que telle, nous réaffirmons la nécessité d’une recherche inséparable des formations, où les enseignant·e·s-chercheur·e·s sont présent·e·s dès la première année de licence auprès des étudiants, français et étrangers, sans discrimination, et qui développe ses filières jusqu’au doctorat. Orléans a une force, liée à sa taille, son histoire, son positionnement : la pluridisciplinarité. L’université est en dialogue à travers les différents sites avec tous les départements de la région. Elle intervient dans tous les types d’enseignement, technologie, sciences humaines et sociales, arts, lettres et langues, sciences formelles et expérimentales, didactique.

Une université moins asphyxiée financièrement et moins obnubilée par sa gestion austéritaire devrait pouvoir réfléchir à la création de nouvelles formations transversales à proposer aux étudiant·e·s, notamment dans le domaine de l’environnement, de la gestion de l’eau, des forêts… qui irriguerait aussi l’ensemble de la région à terme. Nous souhaitons engager une réflexion collective dans ce domaine, car là encore nous avons de nombreux atouts, des personnels spécialistes à l’université, l’INRAe Centre Val de Loire, le BRGM, les laboratoires du Grand campus, le nouveau Muséum d’Orléans pour la Biodiversité et l’Environnement qui va ouvrir.

En informatique, en droit, des projets existent, qui répondent à des besoins et des métiers nouveaux notamment dans le domaine du numérique ; il faut qu’ils aient la possibilité de se déployer. Le développement d’un pôle santé est aussi à poursuivre et élargir : l’accueil des études de kinésithérapie est une bonne chose, il y a un lien à renforcer avec les STAPS et SVT entre autres, les études de santé PASS devraient être incluses au-delà des nouvelles licences Accès Santé (LAS) en partenariat avec l’université de Tours même s’il faudra encore insister manifestement : nous avons besoin d’un rééquilibrage régional au profit des étudiant·e·s, de la recherche et de l’offre de santé dans le Loiret et alentours à terme. La nécessité d’arriver à un CHU, CHRU incluant Orléans à terme est en débat (ou en tout cas la forme exacte que cela devrait prendre), mais ce rééquilibrage est nécessaire, avec le soutien de la métropole, du département et de la région.

3.2. Nous avons besoin d’une université où on prend davantage soin les uns des autres, car la réussite et la qualité de vie au travail des uns et des autres en dépend. Nous sommes une communauté de travail et d’études, mais aussi de vie. La période actuelle fait ressortir ce besoin de manière encore plus frappante. Nous assistons à la paupérisation d’une part non négligeable des étudiant·e·s, les bourses sont insuffisantes ou trop restrictives, les critères d’aide eux-mêmes très restrictifs. Parmi les personnels précaires de l’université il y a aussi des personnes qui ne peuvent pas subvenir correctement à leurs besoins. Concernant les étudiant·e·s, l’équipe présidentielle sortante a fini par remettre en place certaines aides minimales, en plus des actions du CROUS et également de la Région, mais on peut s’étonner du temps écoulé alors que la situation était très prévisible. La « rupture numérique » quant à elle a été manifestement complètement sous-estimée, malgré l’expérience du premier confinement.

Il y a un fort déficit d’informations sur les initiatives innovantes des un·e·s et des autres, étudiant·e·s, personnels, dans les différentes composantes et sites de l’université. L’exécutif universitaire et les Conseils centraux devraient au contraire être moteurs dans la circulation d’information et dans le partage d’expériences. On peut mentionner par exemple des initiatives récentes d’équipes pédagogiques pour faciliter l’entraide des étudiants, comme en STAPS et études ergonomiques avec des systèmes d’équipes « geckos accrocheurs » incluant des étudiants en RSE ou en situation de handicap (avec un élément ludique et créatif aussi) — ou encore un tutorat ou parrainage/marrainage inter-années comme cela se fait dans les études de médecine avec la création de ‘familles’ regroupant des étudiants des différentes années. Les modalités précises peuvent dépendre des cultures un peu différentes selon les filières et des propositions des étudiants eux-mêmes le cas échéant.

Il faut plus largement mettre en place, avec la participation active des élu·e·s étudiant·e·s et la prise en compte de leurs propositions, une véritable politique de santé, de solidarité et d’accompagnement social des étudiants, autour d’une vice-présidence dédiée, en collaboration étroite avec la Vice-Présidence étudiante.

3.3. Les sites de l’université d’Orléans à Bourges, Chartres, Blois, Issoudun, Châteauroux devraient être considérés comme une force et non comme une charge pour l’université. Ils sont cruciaux en termes de maillage du territoire, et pour faciliter l’entrée dans l’enseignement supérieur de nombreux jeunes qui n’y auraient pas eu accès autrement. Ces antennes ne doivent pas être soumises à des politiques de rentabilité à courte vue. Les liens entre Orléans et les sites pourraient être bien plus développés — certain·e·s collègues peuvent se sentir marginalisé·e·s alors que leur rôle est essentiel ; les étudiant·e·s pourraient être plus souvent amené·e·s à découvrir ce qui se fait dans les autres sites et bien sûr à Orléans et à profiter entre autres de l’offre culturelle du Bouillon notamment même si les villes d’implantation sont également dynamiques de ce point de vue.

3.4. En ce qui concerne la politique environnementale, tout reste à faire, au-delà même des avancées nécessaires en matière de formation et de recherche. Nous pouvons et devons faire de l’université d’Orléans un fer de lance de la transition écologique avec la prise en compte de la dimension environnementale dans toutes les décisions, et notamment,

  • des investissements récurrents pour la coûteuse rénovation thermique des bâtiments — car les quelques appels à projets gouvernementaux sont loin de couvrir les besoins —, une véritable gestion écologique des déchets, une politique forte pour la mobilité douce… ;
  • un véritable éco-campus qui pourrait être un atout considérable du point de vue de la visibilité et du rayonnement de l’université, car le potentiel est là ;
  • une réflexion partagée pour diminuer l’empreinte carbone de toutes nos activités (pôles d’achats/commandes à l’échelle de l’université pour réduire les emballages et transport/circuit court des fournitures, limiter les consommables à usage unique etc.).

3.5. Les coopérations de recherche et d’enseignement, notamment au niveau Master et doctorat, pourraient être beaucoup plus fortes avec les universités et les établissements scientifiques (EPST) environnants qu’elles ne le sont aujourd’hui, à commencer par l’université de Tours, avec laquelle nous avons déjà des services partagés, des écoles doctorales, quelques laboratoires. Les tentatives de COMUE, imposées d’en haut sans travail de fond auprès des personnels, ont pu être contre-productives de ce point de vue. Souvent comprises dans une perspective de « mutualisation /rationalisation » qui pouvait faire craindre une concurrence exacerbée entre les sites, laboratoires et formations en réalité, elles ont au contraire parfois mené à des réactions de repli de la part de certains collègues, ou à des choix discutables ou qui ne bénéficient pas à l’ensemble des étudiant·e·s, comme par exemple une préparation au concours d’agrégation en commun entre Tours et Poitiers, alors qu’il aurait été plus logique et fructueux pour l’ensemble des acteurs, et en particulier bien sûr pour les étudiants, que l’université d’Orléans soit également associée. Une présidence d’université peut et doit au contraire être force de proposition pour faire en sorte que des coopérations horizontales voient le jour ou se multiplient et donnent lieu à des projets communs qui puissent servir le développement de tous, dans le respect de l’indépendance de chaque établissement.

L’université a aussi bien évidemment vocation à entretenir et développer des relations de formation et de recherche au niveau national et international, et l’un (le régional) ne devrait pas se faire au détriment de l’autre, de même pour l’attention portée à la recherche fondamentale et appliquée. Des doubles diplômes existent, c’est une approche qui peut encore être développée et encouragée, de même pour le projet d’Université Européenne avec l’alliance Athena en cours associant l’Université d’Orléans à six autres universités en Allemagne, Grèce, Italie, Lituanie, au Portugal et en Slovénie.

Qu’il s’agisse de formations ancrées sur le territoire ou de partenariats internationaux, les collectivités territoriales peuvent être associées aux réflexions et nous aider dans le développement des unes et des autres.

3.6. En matière de recherche en lien avec les organismes, de transfert et développement :
L’université d’Orléans bénéficie d’un cadre exceptionnel car elle peut s’appuyer sur la présence proche des grands acteurs de la recherche française que sont le CNRS, l’INRAE, et le BRGM. Nous voulons une recherche qui donne au « Grand Campus » une véritable identité. L’université a besoin de ces établissements pour assurer son rayonnement national et international et le CNRS, l’INRAE et le BRGM ont besoin d’un relais dans l’enseignement supérieur, les masters et les écoles doctorales. C’est ensemble que nous devons décider des orientations les plus pertinentes pour mener à bien des objectifs communs.

Il y a aujourd’hui un dialogue insuffisant au sein des « pôles de recherche », entre l’équipe présidentielle et les directeurs de laboratoire, de composante et d’écoles doctorales avec une raréfaction des échanges. Un dialogue renouvelé et plus substantiel doit permettre à l’ensemble des personnels, des unités de recherche, des composantes, du CNRS, de l’INRIA… d’être effectivement associés à la politique de l’établissement et de s’y impliquer. La recherche aussi a besoin d’une réflexion collective, de l’apport de tous ceux et celles qui y sont engagé·e·s, et en disant cela on pense aussi aux personnels d’appui à la recherche, essentiels au fonctionnement des équipes dans les salles d’expérimentation comme dans les services de gestion et de comptabilité.

C’est aussi à ces conditions que l’Université sera la mieux à même d’exercer ses missions de transfert et développement, de mettre ses capacités au service des entreprises (en particulier celles qui ne sont pas en capacité de financer ou développer leur propre R&D), des associations et des collectivités, de contribuer aux missions d’information scientifique et de communication auprès du grand public, elles aussi encore trop peu engagées aujourd’hui. Un service de communication et de vulgarisation est à développer pour améliorer la diffusion de la culture scientifique, en partenariat idéalement avec les services dédiés du CNRS plus avancés sur ces questions, en particulier auprès des lycéen·ne·s et des étudiant·e·s eux-mêmes, et auprès des médias à différentes échelles. Le dispositif EDIFICE est très intéressant, mais a une portée nécessairement limitée.

Notre université a besoin de toutes ses composantes et laboratoires, des savoir-faire, de la bonne volonté et de l’investissement de tous ses personnels, pour affronter les défis scientifiques et pédagogiques et pour obtenir les moyens et la reconnaissance de ses missions de service public.

Nous entendons dans le mot « université » les valeurs universelles qui sont celles de la science, de l’ouverture au monde, aux collègues et aux étudiantes et étudiants locaux comme étrangers. La Région Centre Val-de-Loire, la ville d’Orléans ont les atouts pour attirer des étudiantes et étudiants venus de nos six départements mais aussi de toute la France, de l’Europe et du monde.

Au-delà de la diversité de nos parcours et de nos perspectives, et compte-tenu du contexte auquel nous devons faire face, il est plus important que jamais de nous retrouver tous et toutes pour l’université d’Orléans et pour ses missions, au service des étudiants et étudiantes comme au service de la société et de son avenir à court, moyen et long terme.

Karin Fischer