Discours bis de candidature à la présidence de l’université d’Orléans, CA du vendredi 11 décembre 2020

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil d’Administration,

Nous voici à nouveau réuni·e·s pour tenter de parvenir à l’élection d’un président ou d’une présidente de l’université d’Orléans, puis d’un VP CA.

Vous m’avez déjà entendue la dernière fois, et j’ai répondu à vos questions. Il n’est donc pas question pour moi de refaire exactement le même exercice, quoique je sois toujours disposée à répondre à vos questions bien sûr si vous en avez de nouvelles. Je suis consciente également de la multiplication du nombre des candidats, et du temps limité que nous avons.

Je souhaite néanmoins profiter des quelques minutes qui viennent pour 1. revenir brièvement sur ces derniers jours car il me semble que les derniers événements peuvent assez bien illustrer certains aspects de mon propos de vendredi dernier, 2. Proposer une petite réflexion sur des questions d’égalité et de droits qui m’est venue à l’esprit à la lecture de la liste des candidatures en présence, puis 3. rappeler aussi tout de même en quelques mots les très grandes lignes de l’approche et du projet portés par les listes que je représente aujourd’hui.

Encore une fois, il est nécessaire de poser d’abord certaines bases. La semaine dernière, deux listes, celle de l’UNEF et celle de TousUniv, ont demandé un report du vote pour des raisons similaires, qui sont révélatrices de la situation très inhabituelle et problématique dans laquelle ce nouveau CA se trouve toujours. Aujourd’hui encore en effet, une liste des personnels reste sans représentation complète, et nous attendons toujours une forme de résolution en ce qui concerne la situation juridique exacte du président sortant et candidat à sa propre succession.

1 Respect des règles, nécessité de rendre des comptes et de communiquer

Lors de ma première intervention le 4 décembre dernier, j’ai évoqué un certain nombre de dysfonctionnements sérieux liés en grande partie soit à des choix délibérés, soit à l’absence d’action ou de prise de conscience, de la part du président et du VP CA sortants, des dysfonctionnements affectant directement ou indirectement tous les niveaux de l’université. Il me paraissait nécessaire d’en faire état, compte tenu du fait qu’un certain nombre d’élu·es et d’administrateurs n’en étaient pas nécessairement conscients, et aussi parce qu’un tel état des lieux s’imposait avant d’évoquer un certain nombre des actions nécessaires pour améliorer la situation.

À l’issue de la dernière séance du CA, nous avons eu une illustration du type de dysfonctionnement auquel je faisais référence, fondé sur une tendance à prendre des libertés avec certaines règles de base. Cédant à la pression exercée par un autre candidat contre la réouverture des candidatures, et alors que la confusion régnait, le président sortant a en effet cru qu’il lui appartenait d’autoriser ou de refuser cette réouverture. Nous avons tous pu voir depuis que ce n’était pas le cas. Après avoir refusé cette réouverture d’une manière générale, le président sortant a plus précisément opposé une fin de non-recevoir au maintien de ma propre candidature en vue du nouveau vote prévu, par un premier arrêté puis par la voix du Directeur Général des Services suite à mes protestations. Or les statuts de l’université, dans le respect également bien sûr de la législation en vigueur, m’autorisaient bien à me présenter dans le cadre d’une nouvelle séance du CA et d’un nouveau vote comme je le supposais. L’erreur est humaine dira-t-on, mais cette confusion et ces tentatives de refus de candidatures ne peuvent manquer d’interpeller.

Dans ma présentation la semaine dernière, j’ai également évoqué l’importance et la nécessité d’améliorer la transparence et la circulation des informations au sein de l’université, à la fois parce que nous sommes des élu·e·s, et en tant que tel·le·s il nous appartient de rendre compte de nos actions auprès de la communauté universitaire, et parce que de telles pratiques sont aussi de nature à améliorer le fonctionnement même de l’université, et à partir de là l’implication des personnels dans leurs missions et dans des projets partagés. Or la semaine dernière, à l’issue du CA toujours, nous avons eu une autre illustration de ce manque de transparence et de communication : aucune communication officielle n’a été faite pour expliquer la situation et la nécessité d’organiser un nouveau vote aux collègues et aux étudiants, ni même pour leur faire connaître la motion de défense des libertés académiques adoptée à l’unanimité par le CA, alors que le sujet touche au cœur des missions de l’université et qu’il est important pour les collègues qu’ils et elles sachent que leur université est là pour protéger ces libertés. Il a fallu que la FSU publie son propre communiqué pour que l’adoption de cette motion soit connue de tous les personnels au moins (pas des étudiant·e·s malheureusement). Par ailleurs, sauf erreur, la déclaration préliminaire de la liste TousUniv n’a pas été annexée au compte-rendu ou relevé de conclusions du CA, malgré la demande expresse de Karine Paret.

Pendant ce temps-là, l’après-midi même du 4 décembre, l’UNEF et le Secours Populaire organisaient une nouvelle distribution alimentaire, accueillant encore des dizaines d’étudiant·e·s de l’université, le relais étant pris cette semaine par les étudiant·e·s d’O Campus, avec une distribution de 300 repas préparés prévue demain midi. On peut dire qu’aucun·e des présents dans cette salle n’est directement responsable de la situation de très grande précarité, et souvent de grande détresse, de ces étudiant·e·s aujourd’hui. Le contraste est néanmoins saisissant entre notre CA bloqué et ces actions de solidarité qui cherchent à répondre à ce qui devrait être notre priorité à tous.

2 Égalité, représentativité et droits

Vous avez donc devant vous aujourd’hui cinq candidats, dont trois se représentent, et deux nouveaux candidats, dont vous aurez remarqué qu’ils se sont présentés à titre personnel, sans soutien officiel d’aucune des listes des personnels en présence, comme le confirme l’arrêté que nous avons reçu. Les opportunismes personnels, déjà particulièrement peu lisibles en termes de représentativité démocratique, sont également à mon sens de mauvais augure pour la gouvernance partagée et véritablement collective dont l’Université d’Orléans a absolument besoin aujourd’hui si nous voulons retrouver la sérénité et la capacité de travail nécessaires pour aller de l’avant et emmener avec nous le grand nombre.

Une petite parenthèse par ailleurs au vu de la multiplication des candidatures, 8 en tout avec les VP CA : vous aurez peut-être remarqué que je suis la seule femme sur ces 8 personnes. Cela m’a amenée à repenser au fait que la quasi-totalité des postes de direction sont occupés par des hommes : sur les 11 composantes qui constituent l’université (cf hors Confucius), une seule est aujourd’hui dirigée par une femme, celle qui vient tout juste de rejoindre l’université, l’école de kinésithérapie.

Cela me donne simplement l’occasion ici d’évoquer la problématique de l’égalité femmes-hommes, de suggérer que nous pourrions faire davantage peut-être, en termes de représentation et d’image aussi, pour emmener l’université d’Orléans vers le 21e siècle. Je sais que des efforts ont été faits ces dernières années du point de vue de l’égalité femme/homme, de la lutte contre les discriminations et du respect de certains droits dans notre université, mais il est indéniable que beaucoup reste encore à faire. Parmi les problématiques non négligeables du point de vue des droits des personnels dernièrement, et touchant de fait particulièrement des femmes, je citerai juste le refus du président et du VP CA sortants, malgré les demandes répétées des CT et CHSCT, de faire en sorte que soient reconnus explicitement les droits des personnels parents de jeunes enfants lors du premier confinement, singulièrement en ce qui concernait les enseignant·e·s. La surcharge de travail et l’énorme pression ont conduit au moins une collègue dans la filière où je suis au burn out, plusieurs au bord de l’épuisement. Cet exemple peut paraître conjoncturel, mais la médecine du travail a aussi pointé des problèmes structurels et évoqué des pistes de réflexion dans le rapport que j’avais brièvement mentionné vendredi dernier. Comme je l’ai dit la dernière fois déjà, nous avons besoin au contraire d’une université où l’on prend soin les uns des autres et nous pouvons développer nombre de stratégies pour améliorer à la fois le cadre de vie et les conditions de travail et d’études de tous et toutes.

3. Approche et projet

Ces derniers jours, nous avons beaucoup échangé, au sein des listes que je représente aujourd’hui et entre listes, élu·e·s des personnels comme des étudiants, dans le but de parvenir à un déblocage de la situation, car il faut que l’université puisse aller de l’avant. Je souhaite, nous souhaitons toujours construire une alternative de changement, qui doit pouvoir se fonder sur un rapport de confiance entre les différentes parties, sur la base d’un partage des responsabilités.

Nous voulons constituer, avec les listes en présence qui le souhaitent, une équipe plus ouverte, sur la base de VP en binômes pour les principales vice-présidences, une équipe qui soit réellement représentative du vote de la majorité des personnels, attachée à un fonctionnement collectif qui sera de toute façon d’autant plus nécessaire qu’il faudra faire connaissance parfois et apprendre à travailler ensemble — avec toujours et avant tout en ligne de mire des grandes orientations communes, dont je vous ai fait part la semaine dernière, à commencer par un mode de fonctionnement général plus démocratique et collégial, clé de voûte pour faire advenir un projet universitaire qui pourra donner davantage envie aux personnels de s’y impliquer et qui servira avant tout les étudiant·e·s, la production et le partage des connaissances dans tous les domaines qui font notre précieuse pluridisciplinarité, les dynamiques sociales, économiques et environnementales locales comme nationales et internationales.

Pour l’essentiel de ce projet, je me permets de vous reporter à la présentation que j’en ai faite la semaine dernière, pour ne pas vous obliger à m’entendre deux fois sur le même sujet bien sûr, et aussi parce que je préfère éviter de mettre en lumière certains aspects plutôt que d’autres au détriment de la cohérence d’ensemble que j’ai cherché à mettre en avant la dernière fois.

Très rapidement donc, il s’agit d’un projet qui

  • se fonde sur une redynamisation de la démocratie universitaire, en se donnant les moyens d’un fonctionnement plus partagé, plus collégial, incluant les représentant·es étudiant·es à part entière ;
  • porte des principes forts, comme le refus des frais discriminatoires envers les étudiants venant de certaines aires géographiques, et la défense des libertés académiques et des franchises universitaires ;
  • améliore vraiment l’accompagnement des étudiant·e·s dans leurs études, en prenant en compte les besoins spécifiques (handicap, salariat étudiant, sportifs de haut niveau etc.), et en exigeant, avec d’autres, du ministère les moyens nécessaires pour ce faire, et pour pouvoir même être en mesure d’envisager de proposer de nouvelles formations dans des domaines d’avenir ; en développant un partage d’expériences et de bonnes pratiques quasi-inexistant aujourd’hui entre filières et entre composantes (cf exemples de systèmes d’entraide pour les étudiants évoqués la semaine dernière, mais aussi, autre exemple, réfléchir aux moyens de faciliter les échanges entre responsables de formation pour l’aide au montage de dispositifs en alternance ou autre) ;
  • porte des principes de coopération renforcée plutôt que de compétition entre les personnels, les composantes, les laboratoires, et avec les établissements universitaires et de recherche environnants — dont l’université de Tours bien sûr ;
  • reconnait à sa juste valeur l’implication des personnels dans leurs missions (loin du contre-exemple d’une prime covid pour 5%, sans critères objectifs définis et acceptables) et privilégie autant que possible les recrutements sur des postes pérennes en réduisant la précarité ;
  • ouvre également de nouvelles perspectives en termes de recherche, grâce notamment à l’établissement ou au rétablissement de structures de concertation qui jouent vraiment ce rôle et permettent de développer des synergies horizontales et donc de nouvelles idées portées par les chercheurs eux-mêmes ;
  • développe une politique environnementale digne de ce nom dans tous les domaines ;
  • améliore l’image et la visibilité de l’université d’Orléans et de ses activités de formation comme de recherche auprès de ses partenaires et des collectivités comme du grand public.

Il s’agit donc pour moi, pour nous, de porter, sur la base d’une coalition de listes que nous appelons de nos voeux, un projet collectif de transformation de l’université d’Orléans, pour permettre à notre université de retrouver le sens et l’exigence de ses missions de service public d’enseignement supérieur et de recherche.

Karin Fischer